Publié le 24 mai 2026
5 minutes

Terf : comprendre ce mouvement féministe controversé

Terf : comprendre ce mouvement féministe controversé
Lifestyle

Le terme TERF (Trans-Exclusionary Radical Feminist) désigne une branche du féminisme radical qui exclut les femmes transgenres de leur lutte et refuse de reconnaître leur identité de genre. Popularisé en 2008 par la blogueuse australienne Viv Smythe, cet acronyme était initialement conçu comme un descripteur neutre pour différencier les féministes radicales trans-inclusives de celles qui excluent les personnes trans.

Origine et définition du terme TERF

L'acronyme TERF signifie littéralement "féministe radicale excluant les trans". Bien que créé comme un terme technique neutre, il est aujourd'hui souvent perçu comme péjoratif par celles qui sont ainsi désignées, qui préfèrent généralement l'appellation "féministes critiques du genre" (gender critical feminists).

Les premières manifestations de ce courant remontent aux années 1970, avec des figures comme Janice Raymond qui publia en 1979 The Transsexual Empire, un ouvrage largement considéré comme transphobe. Raymond y affirme notamment que "tous les transsexuels violent le corps des femmes en réduisant la vraie forme féminine à un artefact".

Les arguments principaux des TERF

Le mouvement TERF s'articule autour de plusieurs convictions fondamentales qui structurent leur idéologie :

La vision biologique du sexe

Les TERF considèrent que le sexe est biologique, binaire et immuable. Pour elles, une femme se définit exclusivement par son sexe assigné à la naissance, résumé par le slogan "adult human female" (femme adulte humaine). Cette vision essentialiste s'oppose directement à la notion d'identité de genre.

La protection des espaces réservés aux femmes

Un argument central des TERF concerne la préservation des espaces non-mixtes féminins. Elles affirment que permettre l'accès de ces espaces aux femmes trans menacerait la sécurité des femmes cisgenres, particulièrement dans les toilettes, vestiaires, refuges pour femmes victimes de violences et prisons.

Arguments TERFContre-arguments inclusifs
Les femmes trans conservent un "privilège masculin"Les femmes trans subissent des discriminations et violences spécifiques
Le genre est une construction patriarcale à abolirReconnaître l'identité de genre n'empêche pas de combattre les stéréotypes
Les "droits basés sur le sexe" sont menacésLes droits des femmes trans ne menacent pas ceux des femmes cis
Les enfants trans sont victimes de "contagion sociale"Les soins d'affirmation de genre sont soutenus par les données médicales

L'expansion internationale du mouvement

Le Royaume-Uni, épicentre du phénomène

Le Royaume-Uni est devenu le principal foyer du mouvement TERF, au point d'être surnommé "TERF Island". Des figures médiatiques comme J.K. Rowling, Helen Joyce et Kathleen Stock y ont acquis une influence considérable, bénéficiant d'une couverture médiatique extensive dans des journaux comme The Guardian, The Telegraph et The Times.

La situation en France

En France, le mouvement TERF est longtemps resté marginal mais a gagné en visibilité depuis les années 2020. Des personnalités comme Marguerite Stern (ex-Femen et fondatrice du collectif Collages Féminicides) ont défrayé la chronique avec des prises de position qualifiant les femmes trans d'"hommes déguisés en femmes".

Des plateformes comme Tradfem et des figures médiatiques telles que Zineb El Rhazoui ont contribué à diffuser cette idéologie en France, bien que la majorité des organisations féministes françaises aient condamné ces positions.

Les conséquences réelles de l'idéologie TERF

Les discours TERF ont des impacts concrets et mesurables sur les personnes trans :

  • Les personnes trans sont quatre fois plus susceptibles d'être victimes de violences que leurs pairs cisgenres
  • Les meurtres de personnes trans aux États-Unis ont presque doublé entre 2017 et 2021
  • Les campagnes TERF ont influencé des législations restrictives concernant l'accès aux soins pour les jeunes trans
  • Des femmes cisgenres perçues comme masculines sont harcelées dans les toilettes publiques
  • Des athlètes féminines intersexuées ont été exclues de compétitions en raison de leurs taux naturels de testostérone

Les alliances controversées avec la droite conservatrice

Un aspect particulièrement problématique du mouvement TERF concerne ses alliances stratégiques avec des organisations conservatrices et d'extrême droite. Plusieurs exemples illustrent cette convergence :

  • Le Women's Liberation Front (WoLF) a collaboré avec la Heritage Foundation, puissant lobby conservateur américain
  • Des organisations TERF ont reçu des financements de groupes religieux chrétiens anti-LGBT+
  • En janvier 2019, la Heritage Foundation a organisé un panel réunissant des "féministes radicales" opposées à l'Equality Act américain

Cette instrumentalisation par des mouvements anti-féministes soulève des questions fondamentales sur la cohérence de l'idéologie TERF avec les valeurs féministes d'émancipation et de solidarité.

La réponse du mouvement féministe mainstream

La majorité des organisations féministes et LGBTQ+ ont clairement pris position contre l'idéologie TERF. En France, plus de 100 organisations ont signé la déclaration "Toutes des femmes" en février 2020, dénonçant le féminisme trans-exclusif comme "un mouvement idéologique confusionniste et conspirationniste utilisant la couverture du féminisme pour perturber les vrais combats féministes".

Au Canada, plus de 110 organisations de défense des droits des femmes et des droits humains ont signé en mai 2021 une déclaration affirmant que "les personnes trans sont une force motrice dans nos mouvements féministes et apportent des contributions incroyables dans tous les aspects de notre société".

Pourquoi le terme TERF est-il considéré comme péjoratif ?

Bien que créé comme un descripteur neutre, le terme TERF est désormais souvent perçu comme insultant par les personnes ainsi désignées. Plusieurs raisons expliquent cette évolution :

  1. L'association du terme avec des comportements violents en ligne (harcèlement, doxxing, campagnes de haine)
  2. La reconnaissance croissante du caractère transphobe de cette idéologie par les institutions académiques et les organisations de défense des droits humains
  3. L'utilisation du terme dans des contextes de confrontation directe sur les réseaux sociaux

Cependant, comme le souligne la sociologue Cristan Williams, "le terme a été rhétoriquement utile pour distinguer l'activisme TERF des membres de la communauté féministe radicale de longue date qui sont inclusifs des femmes trans".

Les enjeux contemporains

La désinformation comme stratégie

Des études universitaires ont démontré que la désinformation est devenue "la caractéristique déterminante du discours public sur les droits des personnes trans". Les TERF utilisent systématiquement des données erronées, des théories controversées (comme celle de la "dysphorie de genre à apparition rapide") et des tactiques de panique morale pour influencer les politiques publiques.

L'impact sur les soins de santé

Les campagnes TERF ont eu des conséquences directes sur l'accès aux soins d'affirmation de genre, particulièrement pour les jeunes. Au Royaume-Uni, elles ont réussi à influencer les débats parlementaires sur l'interdiction des thérapies de conversion, arguant que les soins d'affirmation de genre pour les jeunes constituent eux-mêmes une forme de "thérapie de conversion".

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